Laine en flocon, douce et légère, prête à être transformée en produits artisanaux.

Une bonne laine, c’est quoi ?

Comprendre la laine de mouton et ses différents usages C’est une question qui paraît toute simple. Et pourtant, plus je travaille la laine, plus je trouve que la réponse est complexe. Quand on parle d’une « belle laine » ou d’une « bonne laine », on pense souvent immédiatement à une laine très fine, très…

Comprendre la laine de mouton et ses différents usages

C’est une question qui paraît toute simple. Et pourtant, plus je travaille la laine, plus je trouve que la réponse est complexe.

Quand on parle d’une « belle laine » ou d’une « bonne laine », on pense souvent immédiatement à une laine très fine, très douce, agréable à porter contre la peau. Comme si toutes les laines de mouton devaient répondre aux mêmes critères et, surtout, avoir la même destination.

Mais une laine peut être excellente sans être particulièrement fine ou douce. Tout dépend de ce que l’on veut en faire.

C’est probablement l’une des choses que mon travail d’éleveuse et toutes mes recherches autour de la valorisation des laines normandes m’ont le plus appris : il n’existe pas une bonne laine, mais des laines adaptées à des usages différents.

La qualité d’une laine commence avec le mouton

Avant d’être une pelote, une couette, une semelle ou un textile, la laine est d’abord la toison d’un mouton.

Et toutes les races ne produisent pas la même laine.

La longueur de la fibre, sa finesse, son gonflant, sa frisure, sa résistance ou encore son aspect varient d’une race à l’autre. Ces caractéristiques ne sont pas, en elles-mêmes, des qualités ou des défauts. Elles vont surtout déterminer les transformations et les usages auxquels la laine pourra être destinée.

C’est particulièrement intéressant avec les trois races ovines normandes avec lesquelles je travaille : l’Avranchin, le Cotentin et le Roussin de la Hague.

Trois races de notre territoire, trois laines différentes et donc différentes façons de les valoriser.

L’Avranchin : la laine par laquelle tout a commencé

L’Avranchin, je le connais d’abord en tant qu’éleveuse sélectionneuse.

C’est d’ailleurs de mon élevage qu’est née l’aventure de Laines sous les Pommiers. Au départ, il y avait une question finalement assez simple : que faire de cette laine ?

La laine Avranchin possède des caractéristiques particulièrement intéressantes pour la filature. C’est donc naturellement l’une des premières voies de valorisation que j’ai explorées, jusqu’à développer les fils à tricoter que je propose aujourd’hui.

Mais entre une toison sur le dos d’une brebis et une pelote terminée, le chemin est long : la tonte, le tri, le lavage, la préparation des fibres, la filature, puis éventuellement la teinture.

Et surtout, toutes les parties d’une toison ne sont pas nécessairement destinées à devenir du fil.

C’est là que la notion de « bonne laine » commence déjà à prendre un autre sens.

Trier une toison, c’est déjà réfléchir à son utilisation

Le tri est une étape essentielle de la valorisation de la laine, mais elle reste assez peu connue.

Lorsque je pose une toison sur ma table de tri, je ne cherche pas simplement à décider si elle est « belle » ou « mauvaise ».

Je cherche surtout à comprendre ce que cette laine peut devenir.

Certaines parties de la toison pourront être sélectionnées pour la filature. D’autres seront davantage adaptées à la literie ou à la fabrication de produits non tissés. Et les parties qui ne peuvent pas entrer dans une transformation textile peuvent encore trouver une utilisation, notamment au jardin.

L’enjeu est d’utiliser au mieux cette matière plutôt que de ne conserver que la partie la plus facile à valoriser et de considérer tout le reste comme un déchet.

Trier une toison, c’est donc déjà lui chercher une destination.

Femme manipulant de la laine de mouton dans un environnement de production durable.

Le Roussin de la Hague : ne pas demander à toutes les laines de faire la même chose

La laine du Roussin de la Hague est un très bon exemple de cette réflexion.

Elle est différente de celle de l’Avranchin. Plutôt que d’essayer d’en faire exactement les mêmes produits, j’ai préféré chercher ce que ses propres caractéristiques pouvaient nous permettre de développer.

C’est ainsi que nous avons exploré différentes pistes de valorisation, notamment le feutre et les semelles, mais aussi un projet beaucoup plus technique : un fil à chaussettes à base de laine de Roussin de la Hague.

Une chaussette ne demande pas les mêmes qualités qu’un pull. Le fil doit notamment résister aux frottements et aux usages répétés tout en conservant suffisamment d’élasticité.

Il a donc fallu travailler la composition du fil et associer la laine de Roussin à d’autres fibres afin d’obtenir les propriétés recherchées.

C’est exactement ce que j’aime dans ce travail : ne pas partir d’une idée préconçue de ce que devrait être une laine, mais observer la matière et chercher ce qu’elle sait bien faire.

La laine du Cotentin et la literie

Avec la laine du mouton Cotentin, une autre voie de valorisation prend tout son sens : la literie en laine.

Une laine destinée à garnir une couette ou un oreiller n’a évidemment pas besoin des mêmes caractéristiques qu’une fibre destinée à devenir un fil fin à tricoter.

On va notamment s’intéresser à son gonflant et à sa capacité à emprisonner de l’air.

Et c’est là que l’on comprend à quel point réduire la qualité d’une laine à sa seule finesse serait une erreur.

Une fibre qui ne correspondrait pas à ce que l’on recherche pour un vêtement porté directement sur la peau peut posséder de très belles qualités pour un tout autre usage.

Valoriser la laine française, ce n’est pas seulement faire des pelotes

Pendant longtemps, lorsque l’on parlait de valorisation de la laine, le fil à tricoter venait presque immédiatement à l’esprit.

C’est évidemment une formidable utilisation de la laine, et une part importante de mon activité.

Mais plus j’avance dans ce travail, plus je suis convaincue que la valorisation des laines françaises ne pourra pas reposer uniquement sur la pelote.

Il faut multiplier les usages.

Fil à tricoter, chaussettes, literie, feutre, semelles, molleton, textiles non tissés, isolation… La laine possède suffisamment de propriétés pour ouvrir de nombreuses pistes.

Certaines existent depuis très longtemps. D’autres sont à redécouvrir, à adapter ou à réinventer.

Et c’est précisément sur ces possibilités que je continue aujourd’hui à travailler, à chercher et à faire des essais.

La qualité de la laine se construit aussi dans l’élevage

Il serait impossible de parler de qualité de laine sans parler d’élevage.

Car avant d’être une matière textile, la laine est une matière agricole.

Son état dépend de l’animal, de son alimentation, de son environnement, de son âge et de la conduite du troupeau. La qualité de la matière dépend également de la tonte, de la façon dont la toison est manipulée, puis de son stockage et de son tri.

Valoriser une laine commence donc bien avant son arrivée chez le transformateur.

C’est aussi pour cette raison que je tiens beaucoup au lien entre les éleveurs et les différents métiers de la transformation. Si nous voulons redonner une véritable place à la laine française, nous devons mieux connaître la matière, mais aussi comprendre les contraintes et les besoins de chacun.

Alors, finalement, qu’est-ce qu’une bonne laine ?

Aujourd’hui, ma réponse serait assez différente de celle que j’aurais probablement donnée lorsque j’ai commencé.

Une bonne laine n’est pas forcément la plus fine.

Ce n’est pas forcément la plus douce.

Et ce n’est certainement pas uniquement celle dont on peut faire une pelote.

Une bonne laine, c’est d’abord une laine dont on connaît les caractéristiques et à laquelle on réussit à trouver le bon usage.

C’est cette idée qui guide une grande partie du travail de Laines sous les Pommiers.

Observer les laines de nos races normandes, apprendre à mieux les connaître, travailler avec des éleveurs, des filatures, des artisans et des transformateurs, faire des essais, parfois recommencer… pour que cette matière produite chaque année par nos moutons retrouve une valeur et une véritable place.

Parce qu’avant de chercher à transformer une laine, il faut peut-être commencer par lui poser la bonne question :

qu’est-ce que tu sais faire ?

Aurélie Bourassin

Pour Laines sous les pommiers

Logo de l'entreprise Laines sous les Pommiers, spécialisée dans la laine durable en Normandie.

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