Retranscription de l’interview d’Aurélie Bourassin sur RCF

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Aurélie Bourassin est éleveuse de moutons Avranchins dans la Manche depuis dix ans. Avec d’autres producteurs, elle a créé Laines sous les Pommiers pour valoriser la laine des trois races ovines normandes : l’Avranchin, le Cotentin et le Roussin de la Hague.

Émission : Tous entrepreneurs
Diffuseur : RCF Calvados-Manche
Diffusion : 29 avril 2025

Intervenants

  • Journaliste : RCF Calvados-Manche
  • Invitée : Aurélie Bourassin

Repères dans l’épisode

  • 0:14 – Devenir éleveuse de moutons Avranchins
  • 0:51 – Choisir une race ovine normande
  • 1:08 – Valoriser la laine Avranchine
  • 1:56 – Créer Laines sous les Pommiers
  • 2:58 – Développer une filière pour les trois races ovines normandes
  • 4:12 – Organiser la collecte et la transformation de la laine
  • 5:50 – Reconstruire une filière française de transformation
  • 7:44 – Faire de la laine un revenu pour les éleveurs
  • 8:49 – Développer les volumes et structurer l’entreprise
  • 9:17 – Concilier l’élevage et les différentes activités
  • 9:51 – Redonner de la valeur à une matière considérée comme un déchet

Source de l’interview

Interview diffusée par RCF Calvados-Manche dans l’émission « Tous entrepreneurs » le 29 avril 2025.

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Transcription de l’épisode « Retranscription de l’interview d’Aurélie Bourassin sur RCF »

Devenir éleveuse de moutons Avranchins

Journaliste : Aurélie Bourassin, bonjour ! Merci d’avoir accepté notre invitation pour cette émission « Tous entrepreneurs ». Vous êtes éleveuse de moutons Avranchins depuis une dizaine d’années. Vous avez également lancé une marque, Laines sous les Pommiers. Mais revenons tout d’abord sur cette activité d’élevage. Est-ce quelque chose que vous avez toujours voulu faire ?

Aurélie Bourassin : C’est quelque chose que je porte en moi depuis très longtemps, puisque je suis issue d’une famille d’agriculteurs. Mon père était aussi éleveur. Quand je suis arrivée en Normandie, j’avais envie d’avoir cette activité d’élevage.

Choisir une race ovine normande

Journaliste : Et vous avez découvert la race Avranchine ?

Aurélie Bourassin : Pour élever des moutons, le plus simple, c’est d’utiliser les richesses locales. On a la chance, en Normandie, d’avoir trois races de moutons : le mouton Cotentin, le mouton Avranchin et le mouton Roussin de la Hague. À l’époque, il y a une dizaine d’années, j’avais opté pour l’Avranchin.

Valoriser la laine Avranchine

Journaliste : Comment vous est venue l’idée de valoriser la laine produite par vos moutons ?

Aurélie Bourassin : Historiquement, on lit dans les textes que le mouton Avranchin donnait la deuxième meilleure laine de France après le mérinos — mais bien après le mérinos, tout de même. Quand on voit les brebis, on voit cette fibre très longue et très fine, et on se dit qu’il y a quelque chose à faire. Après avoir beaucoup travaillé la morphologie de nos animaux et redonné du sens à l’élevage d’Avranchins, il fallait que nous fassions quelque chose de la laine. C’est un sujet dont nous nous sommes emparés à plusieurs éleveurs. Nous avons commencé à y réfléchir il y a quatre ans et engagé les démarches à ce moment-là.

Créer Laines sous les Pommiers

Journaliste : Vous avez donc créé la marque Laines sous les Pommiers.

Aurélie Bourassin : Laines sous les Pommiers, c’est très identifiable. Nos moutons sont élevés en plein air, sous les pommiers, et c’est une marque qui en rappelle une autre. L’idée était de valoriser et de préserver cette race, puis d’aider les éleveurs qui voulaient eux aussi se lancer sur ce marché.

Préserver une race, c’est aussi lui trouver des utilités. Le mouton Avranchin a une viande extrêmement bonne, mais aussi une très belle laine, avec des fibres longues et fines. Nous nous sommes donc tout naturellement demandé pourquoi ne pas lancer une collection de fils. Les éleveurs l’ont bien compris : il y a le côté viande et le côté laine. En proposant ces deux filières, il est beaucoup plus simple pour nous de préserver notre race.

Développer une filière pour les trois races ovines normandes

Journaliste : Vous avez constitué une SARL. Que fait cette société et que prend-elle en charge ?

Aurélie Bourassin : Nous avons créé cette société pour valoriser notre laine d’Avranchin entre éleveurs motivés. Nous n’avions pas forcément un objectif de développement, mais nous nous sommes pris au jeu. Valoriser des laines en France aujourd’hui a énormément de sens, tout comme les valoriser au travers de la sauvegarde de nos races. Cela nous a beaucoup plu et nous avons maintenant très envie de développer cette société.

Nous avons aussi donné envie aux éleveurs des autres races, le Cotentin et le Roussin de la Hague. Nous explorons tout cet univers laineux avec des races différentes et des qualités de laine destinées à des produits différents. Nous sommes en plein développement, avec beaucoup d’analyses et d’explications. Il est très important de rester en contact avec les éleveurs, de leur expliquer ce qui se passe et de faire évoluer la marque avec eux.

Organiser la collecte et la transformation de la laine

Journaliste : Quel est votre rôle dans cette société ?

Aurélie Bourassin : Je suis gérante. Il y a beaucoup d’organisation et je dois parvenir à faire grandir et à structurer cette société. Nous étions partis d’un petit modèle et, tout à coup, cela prend de l’importance. Il faut garder le lien avec les éleveurs et leur expliquer l’intérêt d’un chantier de tonte propre pour que la laine puisse être valorisée en France.

Une fois la laine récupérée, je l’envoie au lavage, puis nous déterminons les productions. Certaines laines vont devenir du fil, d’autres du feutre ou de la literie, et certaines servent à des essais. Nous prenons ensuite du recul pour savoir si une production mérite d’être lancée en plus grande quantité.

Après, il faut vendre. J’ai développé un site Internet avec une boutique en ligne et je participe à des expositions. Je garde le contact avec les gens : cela me permet de recueillir des idées et d’écouter ce que l’on attend de nous.

Journaliste : Il y a donc la logistique, la communication, la vente : plusieurs casquettes vous incombent.

Aurélie Bourassin : Et l’élevage aussi ! Ce sont beaucoup de casquettes, mais on apprend énormément de choses et c’est très agréable.

Reconstruire une filière française de transformation

Journaliste : Existe-t-il encore en France les usines nécessaires pour traiter la laine ?

Aurélie Bourassin : C’est vraiment le point noir de cette belle filière. Il y a cinquante ans, presque chaque village avait sa filature. Aujourd’hui, cela n’existe plus. Il faut se débrouiller avec les quelques acteurs qui restent, aller les chercher, presque les exhumer et les ressusciter. Ce sont souvent des acteurs qui avancent à leur rythme. Pour certaines productions, je peux attendre longtemps, mais je suis patiente : il faut que la filière se reconstruise. Nous parvenons à trouver les acteurs et à produire aujourd’hui des articles de grande qualité.

Journaliste : Vous avez bon espoir que ces usines puissent repartir ?

Aurélie Bourassin : Oui, car il existe un véritable intérêt. Beaucoup de personnes ont compris que l’on ne pouvait pas tout délocaliser dans les pays asiatiques. La laine française, une fois tondue, est parfois revendue par des grossistes dans ces pays. Cela représente beaucoup de kilomètres pour une laine qui part sale, dans des conditions difficiles, et traverse la moitié du globe. Elle peut ensuite être nettoyée avec des produits interdits en Europe, par des personnes qui ne sont pas protégées.

Nous sommes très sensibilisés à cette question. Tous nos produits sont fabriqués en France par des sociétés qui respectent les normes européennes. Cela donne encore plus de sens à notre démarche : ce sont des produits propres, et nous en sommes contents.

Faire de la laine un revenu pour les éleveurs

Journaliste : Les consommateurs répondent-ils à cette offre ?

Aurélie Bourassin : J’en suis très contente. Chaque fois que je l’explique, il y a cette double dimension : je ne valorise pas seulement une laine quelconque. La laine que nous valorisons vient d’éleveurs adhérents à l’OSCAR, l’organisme de sélection des races Cotentin, Avranchin et Roussin de la Hague.

Ces trois races normandes ont de très petits effectifs et leur avenir passera par des initiatives comme celle-ci. La viande reste le premier revenu de l’éleveur, mais il y a aussi la laine. Ce serait bien qu’elle devienne un revenu pérenne sur lequel les éleveurs puissent compter. C’est aussi une fierté pour les éleveurs de Roussins, d’Avranchins ou de moutons Cotentins de voir un gilet, des chaussons ou des semelles fabriqués avec la laine de leurs moutons. Nous allons sortir de nombreux produits et j’espère qu’ils en seront fiers.

Développer les volumes et structurer l’entreprise

Journaliste : La société s’est développée davantage que vous ne l’imaginiez. Quel est maintenant votre objectif ?

Aurélie Bourassin : Aujourd’hui, nous valorisons deux tonnes de laine, alors que les laines de l’OSCAR représentent actuellement environ vingt-cinq tonnes par an. Nos races normandes de moutons ont le vent en poupe, et c’est une bonne chose. Je pense que ce volume va continuer à augmenter.

Concilier l’élevage et les différentes activités

Journaliste : Comment faites-vous pour concilier toutes vos casquettes ?

Aurélie Bourassin : C’est intense et il faut faire des choix. L’élevage reste très important pour moi : j’ai actuellement une soixantaine de brebis. À terme, je vais peut-être devoir en réduire le nombre, car je suis seule pour mener toutes ces activités. Il faut aussi que je m’organise, notamment pour trouver des personnes qui puissent m’aider dans le tri des toisons. Je dois trouver des pistes et me faire aider, car cela commence à devenir compliqué.

Redonner de la valeur à une matière considérée comme un déchet

Journaliste : Pour terminer sur une note positive, quelle est aujourd’hui votre plus grande joie dans cette activité ?

Aurélie Bourassin : C’est de redonner du sens et de la valeur à quelque chose qui est aujourd’hui considéré comme un déchet. Après la tonte, les éleveurs ne savent souvent pas quoi faire de leur laine : ils la jettent ou la mettent dans leur jardin. Redonner de la valeur à ce produit crée un cercle vertueux.

Parler de cette laine valorisée peut aussi donner envie d’installer des élevages d’Avranchins, de moutons Cotentins ou de Roussins de la Hague, plutôt que de se tourner vers des races anglaises, étrangères ou venant d’autres régions. C’est encore mieux.

Journaliste : Un grand merci, Aurélie Bourassin, d’être venue nous parler. Vous êtes éleveuse de moutons Avranchins à Marchésieux et vous gérez la société Laines sous les Pommiers afin de valoriser cette race locale. Merci beaucoup.